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Situation alimentaire et nutritionnelle 2019-20

Environ 9.4 millions de personnes sont en besoin d’assistance immédiate (phases 3-5) en octobre-décembre 2019 dans les 16 pays analysés de la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest : 4 millions au Nigéria, 1.5 million au Niger et 1.2 million au Burkina Faso. Cette situation risque de s’aggraver, principalement en raison de l’insécurité. En juin-août 2020, 14 millions de personnes (5.4 %) seront probablement en situation de crise ou pire, dont 1.2 million en situation d’urgence (phase 4). Ces résultats sont issus des analyses nationales qui se sont déroulées en octobre et novembre 2019 en utilisant le manuel 2.0 du Cadre harmonisé et son nouveau support d’analyse. Les travaux étaient coordonnés par le CILSS avec la participation des partenaires techniques (ACF, CSAO/OCDE, EC-JRC, FAO, FEWS NET, FICR, IPC/GSU, OXFAM, PAM, Save the Children).

Points saillants

  • Environ 9.4 millions de personnes sont en besoin d’assistance immédiate (phases 3-5) en octobre-décembre 2019 dans les 16 pays analysés de la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest : 4 millions au Nigéria, 1.5 million au Niger et 1.2 million au Burkina Faso. Cette situation risque de s’aggraver, principalement en raison de l’insécurité. En juin-août 2020, 14 millions de personnes (5.4 %) seront probablement en situation de crise ou pire, dont 1.2 million en situation d’urgence (phase 4).
  • L’insécurité civile a provoqué une forte augmentation du nombre de déplacés, notamment au nord du Burkina Faso (480 000 personnes), au nord-ouest du Nigéria (310 000 personnes) et au Niger (180 000 personnes). Le Nigéria compte toujours près de 1.9 million de personnes déplacées internes. La majorité a été accueillie au sein de communautés hôtes, augmentant ainsi la pression sur les ressources alimentaires et les moyens d’existence locaux à court et long termes.
  • Malgré l’assistance humanitaire, la situation alimentaire et nutritionnelle des déplacés internes et des réfugiés reste très préoccupante, en raison des ressources limitées, des flux continus de déplacements et des difficultés d’accès humanitaire. Plus d’un tiers, soit 262 000 personnes, vivant dans les camps d’accueil de neuf localités (LGA) de l’État de Borno au Nigéria, sont en situation de crise alimentaire ou pire (phases 3-5) ; de même, 17 000 personnes parmi les 70 000 réfugiés maliens installés dans cinq camps formels au Niger, ont besoin d’une assistance urgente renforcée.
  • La production agropastorale a été globalement bonne, en hausse par rapport à la moyenne quinquennale. Cependant, les échanges commerciaux sont fortement perturbés, notamment dans les régions du Sahel au Burkina Faso, de Mopti au Mali et de Tillabéry au Niger. Ils demeurent également perturbés dans le bassin du lac Tchad et au nord du Mali.
  • La situation nutritionnelle reste alarmante dans toute la région. Si on observe une légère baisse des prévalences de la malnutrition aiguë par endroit au Niger et au nord-est du Nigéria, le taux de la malnutrition aiguë globale (MAG) dépasse le seuil d’urgence (> 15 %) dans certaines zones au Burkina Faso, au Mali et au Tchad.

Facteurs déterminants

  • Insécurité: La situation sécuritaire a détérioré les moyens d’existence des populations en les exposant davantage à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle sévère, notamment dans le bassin du lac Tchad, la boucle du Liptako-Gourma ainsi qu’au nord du Mali.
  • Déplacements : L’insécurité civile a provoqué une forte augmentation du nombre de personnes déplacées au nord du Burkina Faso, dans les zones frontalières entre le Niger et le Nigéria et dans le nord-est du Nigéria.
  • Dysfonctionnement des marchés: Les flux commerciaux sont fortement perturbés par l’insécurité et les déplacements internes dans les zones affectées.
  • Fermeture des frontières: La fermeture par le Nigéria de ses frontières terrestres avec le Bénin et le Niger a perturbé depuis fin août 2019 les échanges commerciaux transfrontaliers.
  • Inondations: Des pluies diluviennes ont frappé et endommagé les cultures dans plusieurs zones au Burkina Faso, au Mali, en Mauritanie, au Niger, au Sénégal et en Sierra Leone.
  • Périodes sèches longues: La rupture prolongée et la mauvaise distribution spatio-temporelle des pluies ont affecté les productions agricoles et fourragères, notamment dans les zones frontalières de la Mauritanie avec le Mali et le Sénégal, entre le Niger et le Tchad, ainsi que dans le centre-nord du Burkina Faso.

Recommandations

Actions urgentes :

  • Mettre en place et coordonner une assistance immédiate en faveur des populations en situation de crise (phase 3) et d’urgence (phase 4), notamment dans le bassin du lac Tchad et le Liptako-Gourma ainsi qu’au nord du Mali, la bande sahélienne du Tchad et au sud-ouest de la Mauritanie. Des aides alimentaires gratuites ciblées, des programmes de transferts monétaires et des ventes à prix modérés sont les principales actions préconisées.
  • Renforcer l’assistance alimentaire et nutritionnelle dans les camps de réfugiés et de déplacés internes ; mener des actions en faveur des déplacés habitant hors des camps et de leurs communautés hôtes ; assurer le déploiement de l’assistance alimentaire et humanitaire dans les zones à accès humanitaire limité.
  • Mener des interventions préventives en faveur des populations sous pression (phase 2) pour apporter un appui à leurs moyens d’existence et renforcer leur résilience. Il s’agit notamment de faciliter l’accès aux intrants agricoles et de mettre en œuvre des projets de filets sociaux en faveur des populations vulnérables.
  • Sécuriser et faciliter les mouvements de transhumance du bétail pour prévenir des conflits communautaires ; renforcer la disponibilité et l’accès du bétail aux aliments et à l’eau et aux soins dans les zones ayant enregistré des déficits fourragers importants.
  • Renforcer des actions de prévention et de prise en charge de la malnutrition aiguë dans la région.

Pour renforcer le dispositif de veille et de suivi :

  • Renforcer les capacités techniques et financières pour permettre aux dispositifs nationaux d’assurer la collecte de données, y compris des données désagrégées selon le genre.
  • Mettre en place les conditions pour la collecte de données dans les zones non accessibles.
  • Renforcer le suivi et l’évaluation de l’impact des réponses nationales, régionales et internationales sur le terrain.
  • Mobiliser les ressources pour développer et mettre en œuvre le Cadre harmonisé dans les pays et au niveau régional (i.e. formation, facilitation & coaching, etc.).
  • Améliorer la capitalisation et le partage des résultats des analyses du Cadre harmonisé.

 

Méthodologie

Ces résultats sont issus des analyses nationales qui se sont déroulées en octobre et novembre 2019 en utilisant le manuel 2.0 du Cadre harmonisé et son nouveau support d’analyse. L’absence de données n’a pas permis de conduire l’analyse au Libéria, dans plusieurs zones de la Côte d’Ivoire et dans quatre zones totalement inaccessibles dans l’État de Borno au Nigéria (Abadam, Guzamala, Kukawa et Marte). Les données prises en compte sont essentiellement issues des enquêtes de sécurité alimentaire et de vulnérabilité des analyses d’économie des ménages, des enquêtes nutritionnelles et de mortalité. Pour la première fois, une analyse spéciale de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle a été conduite sur la situation dans neuf camps de personnes déplacées internes au Nigéria (Bama, Damboa, Dikwa, Gwoza, Jere, Konduga, Maiduguri, Monguno et Ngala) et cinq camps de réfugiés au Niger (Abala, Intikan, Mangaïzé, Sayam Forage et Tabarey-Berey). De même, les zones difficilement accessibles au Burkina Faso, au Niger et au Nigéria ont été analysées en appliquant les protocoles spéciaux du manuel 2.0. Les analyses nationales ont été revues, harmonisées et validées par le Comité technique régional du Cadre harmonisé (Niamey, 18-23 novembre 2019). Les travaux étaient coordonnés par le CILSS avec la participation des partenaires techniques (ACF, CSAO/OCDE, EC-JRC, FAO, FEWS NET, FICR, IPC/GSU, OXFAM, PAM, Save the Children).

Partenaires

Les analyses du Cadre hamonisé ont été coordonnées par le CILSS.

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