Cantines endogènes à l'école primaire

Cantines endogènes à l'école primaire

La cantine endogène s’inscrit dans le cadre des filets sociaux alimentaires. Il s’agit d’une prise en charge locale de l’alimentation des élèves par la communauté. La contribution en vivres (ou financière) des parents permet de prolonger l’alimentation des enfants à l’école d’au moins deux mois par an et de contribuer ainsi à maintenir les élèves à l’école et à améliorer leur santé nutritionnelle ainsi que leurs performances scolaires.

Contexte

L’ONG américaine Catholic Relief Service (CRS), le principal pourvoyeur de repas des élèves du primaire au Burkina Faso, a adopté en 1988 un nouveau plan de ciblage pour se focaliser sur les zones à très faible taux de scolarisation et d’insécurité alimentaire. Pour prendre le relai, les autorités burkinabè ont créé un service de cantines scolaires à l’échelle nationale. La Direction de l’allocation des moyens spécifiques aux structures éducatives (DAMSSE) est chargée de la gestion des cantines scolaires. Elle assure notamment l’achat et le transport des vivres vers les écoles dans les zones d’intervention ciblées. En 2012, le gouvernement du Burkina Faso a adopté sa première Politique nationale de protection sociale (PNPS) qui prévoit la « Couverture de toutes les écoles et structures d’éducation préscolaire en cantines scolaires » en 2015 (Action prioritaire 6 du Programme 2). En dépit des progrès réalisés, cet objectif ambitieux et coûteux reste seulement partiellement atteint. À titre d’exemple, le gouvernement a transféré près de 19 milliards de FCFA (29 millions d’euros) à 316 communes (~3 millions d’élèves) pour l’acquisition de vivres au profit des cantines scolaires. Malgré ce budget conséquent, les vivres fournis par l’État ne couvrent que trois mois des besoins de cuisine. De plus, les aliments sont généralement assez peu diversifiés (riz : 75 %, haricots : 17.5 %, huile : 7.5 %). Face à cette insuffisance, le Ministère en charge de l’éducation nationale et de l’alphabétisation (MENA) a encouragé la mise en place de cantines endogènes. L’objectif est de rendre les cantines autonomes par un meilleur approvisionnement des cantines scolaires en s’appuyant sur une stratégie de développement interne et local basé sur une forte participation des communautés.

Description

La cantine endogène s’appuie sur la participation des parents d’élèves pour nourrir leurs enfants à l’école. À travers le Comité de gestion des écoles (COGES) et l’Association des parents (APE), les parents fixent eux-mêmes les quantités et les modalités des vivres à collecter. Ces quantités de céréales à apporter par les écoliers varient d’une école à l’autre à travers les régions et concernent essentiellement le niébé, le mil, le sorgho, le maïs et l’arachide. À la rentrée des classes après les récoltes (octobre/novembre), les parents prélèvent de leurs greniers la quantité de vivres à fournir en fonction du nombre de leurs enfants scolarisés ou bien apportent une cotisation financière. Pour rendre les cantines endogènes plus opérationnelles et autonomes, les communautés aménagent également des champs et des jardins scolaires. L’instauration d’une cantine endogène était jusqu’à 2011 une condition préalable afin que l’État puisse apporter sa dotation en vivres aux écoles (généralement au second trimestre). Ainsi les écoles devaient s’autogérer d’octobre à décembre. Depuis 2011, le gouvernement dote directement les écoles sans leur exiger les preuves de collecte des vivres.

Résultats et impacts

Les cantines endogènes existent aujourd’hui pratiquement dans toutes les écoles situées en milieu rural au Burkina Faso grâce à la généralisation des COGES. Selon les estimations de la DAMSSE en 2017, la cantine endogène représente 10 % du volume global de la cantine scolaire servie aux élèves au Burkina Faso. Les cantines endogènes permettent de prolonger l’alimentation des élèves dans les écoles pour une durée d’environ deux mois, en fonction du dynamisme de chaque communauté.

Impacts

  • Accès et maintien des élèves dans le système éducatif, notamment ceux qui habitent loin de leur école
  • Meilleure santé nutritionnelle des enfants grâce à une alimentation plus diversifiée
  • Amélioration des résultats scolaires

Facteurs de réussite et leçons apprises

  • Motivation/adhésion des populations
  • Bonne collaboration entre acteurs locaux (APE, enseignants, etc.)
  • Dynamisme de l’équipe de direction des écoles
  • Comités de gestion fonctionnels
  • Transparence dans la gestion des vivres et administrative
  • Suivi de l’inspection (circonscription d’éducation de base)

Défis

  • Difficultés relatives à la gestion : insuffisance des moyens logistiques, retard de l’ouverture des cantines, défaillance de certains fournisseurs, etc.
  • Disponibilité d’espace pour les activités de production agricole et maraîchère dans l’école
  • Disponibilité de l’eau potable dans les écoles
  • Formation/sensibilisation des acteurs locaux

Enseignements tirés

  • L’implication des bureaux des parents d’élèves et des communes permet d’améliorer le fonctionnement des cantines
  • L’engagement des enseignants facilite l’adhésion des communautés
  • L’existence de vastes domaines scolaires facilite l’aménagement de champs et jardins scolaires
  • La cantine endogène favorise la promotion des produits locaux
  • L’organisation des cantines endogènes renforce l’esprit de solidarité dans la communauté

Mise à l'échelle

La pratique est largement répandue au Burkina Faso. Cependant, la gestion logistique des cantines endogènes reste à améliorer. Pour ce faire, la DAMSSE/MENA a élaboré un guide destiné aux acteurs impliqués dans la gestion des cantines scolaires. Ce guide propose des bonnes pratiques dans quatre domaines : 1) mobilisation des ressources ; 2) processus d’acquisition des vivres, 3) gestion des stocks de vivres ; et 4) suivi-contrôle de la gestion des vivres. De nombreux autres pays de la région ont mis en place des systèmes similaires. Les enseignements tirés de ces différentes expériences pourraient être largement partagés à travers les COGES dans les différentes régions du Burkina Faso et plus largement encore dans les pays sahéliens et ouest-africains.

Organisation/s

Ministère de l’éducation, de l’alphabétisation et la promotion des langues nationales
Ministère de l’action sociale et de la solidarité nationale ; Collectivités territoriales et locales

Partenaire/s

CRS, COGES, PAM, SE-CNSA

Contact

M. Daouda Belem, Coordonnateur du projet des cantines scolaires, DAMSSE

Pays

  • Burkina Faso

Thèmes

  • Affaires sociales et protection sociale
  • Éducation
  • Jeunesse
  • Acteurs locaux & moyens d'existence
  • Nutrition
  • Santé
  • Sécurité alimentaire

Cibles

  • Jeunes

Piliers AGIR

  • Pilier 1 : Améliorer la protection sociale des communautés et ménages vulnérables pour une sécurisation de leurs moyens d'existence
  • Pilier 2 : Renforcer la nutrition des ménages vulnérables

Échelles

  • Locale
  • Nationale

Objectifs de développement durable

ODD 1 ODD 2 ODD 3 ODD 4 ODD 10